Le collège de Nétreville, le collège Jean Jaurès, le collège de Navarre refusent aujourd'hui la dotation en postes qui leur est faite pour préparer la rentrée 2011 ... D'autres vont suivre bien sûr.
Dans notre département, pour 630 élèves de plus dans les collèges que prévoient pour la rentrée prochaine les services de l'Inspection Académique, ce sont 28 postes d'enseignants qui sont supprimés. Pour donner une idée de ce que cela peut parfois concrètement signifier, le collège de Navarre voit sa dotation horaire amputée de 59 heures... soit les moyens de deux classes.
Dans le premier degré, c'est à dire écoles maternelles et écoles primaires, on supprime 49 postes. Comme il faudra pourtant ouvrir des classes là où la pression démographique est la plus forte, j'imagine qu'il en sera supprimé en réalité une bonne soixantaine dans nos villages et nos quartiers pour atteindre ce solde négatif de - 49 postes qu'exige le ministère ...
Le ministère ? Pas seulement lui... Il s'appuie en effet sur le vote des députés puisque la situation de notre département s'inscrit dans le contexte des 16 000 suppressions d'emplois dans l'Education Nationale qu'ont votées, entre autres, ...messieurs Lefranc et Nicolas!
Lefrand et Nicolas, en voilà deux qui ne doivent pas avoir le sentiment que les parents et les enseignants ou les maires des communes qui perdront des classes vont les féliciter. C'est sans doute pour cela et ne pas faire courir un risque électoral supplémentaire à leurs petits copains de l'UMP candidats aux cantonales qu'a été demandé à l'Inspecteur d'Académie de ne pas divulguer la carte des fermetures de classes envisagées avant le 27 mars au soir... Silence radio jusque là !
Jean Louis Destans, Didier Marie et Alain LeVern, au nom des collectivités qu'ils président, ont néanmoins cosigné un communiqué que j'invite mes lecteurs à lire... Ce n'est certainement pas par électoralisme qu'ils l'ont publié mais bien parce qu'ils sont, parce que nous sommes vraiment préoccupés, parce nous sentons l'école véritablement en danger.
Supprimer des moyens à ce point (16 000 postes de moins deux années de suite), ce n'est pas seulement charger les classes.
C'est aussi déstabiliser des équipes à qui on a pourtant demandé d'élaborer un projet pédagogique qui favorise la réussite de nos enfants à l'école ... ce qui suppose des équipes qui puissent s'inscrire dans la durée.
Au lieu de donner aux équipes cette durée nécessaire, on oblige les chefs d'établissements à des acrobaties dans la composition des emplois du temps. Les voilà qui doivent saucissonner de plus en plus le service d'enseignants que l'on envoie par contrainte de gestion exercer dans deux ou trois établissements et qui ne peuvent, du coup, s'investir vraiment dans aucun. Enterrée l'idée de la cohérence d'un projet pédagogique partagé ... Jetée aux orties la notion de l'élève au centre du système ... Oubliée l'Ecole lieu d'apprentissage de la citoyenneté !
Supprimer, comme le font le gouvernement et ses amis, 66 000 postes à l'Ecole depuis 2007, c'est en saper les fondements même. C'est oublier qu'elle est indissociable d'une République dont elle est l'un des piliers... C'est oublier que préparer l'avenir, c'est former les professionnels de demain mais c'est aussi former les citoyens de demain... C'est oublier ce rôle d'animateur permanent de ce formidable dialogue des cultures qui lui est, de fait, assigné.
L'école est en danger ... pour de vrai !
Les équilibres de la démographie enseignante sont près de se rompre ... Peut-être même sont-ils déjà. rompus. Moins de renouvellement, moins de spécialisations (suppression des RASED), moins de formation pratique accompagnée (Mastérisation), des sites locaux d'IUFM comme celui d'Evreux menacés et donc moins de lieux d'animation et de formation, de lieux de référence pour les enseignants ...
Si l'on n'y prend pas garde, dans une dizaine d'années, on s'étonnera de l'ampleur de l'échec scolaire, du désarroi de notre jeunesse et ... de la difficulté à trouver des enseignants formés, comme on s'étonne aujourd'hui de ne plus trouver de médecins après des années passées à en réduire drastiquement le nombre par un numérus clausus dont on espérait qu'il diminue le trou de la sécurité sociale ... On voit bien où cela nous a mené !
Tout cela ne va pas être facile à reconstruire.
Gérard Silighini
Post Scriptum
Hier en Conseil Municipal, Olga Bidault dénonçait les suppressions de postes dans l'Education Nationale ... Réplique de monsieur Nicolas qui, pour sa part, les assume pleinement. Pour lui, le budget de l'Education Nationale est plus que suffisant avec ses 60,8 milliards d'euros en 2010 et ses 1,56 % d'augmentation par rapport à 2009. Il poursuit son propos en soulignant que l'effort de la France pour l'enseignement est plus important que dans les autres pays de l'OCDE.
Deux choses méritent pourtant d'être précisées.
1,56% d'augmentation, dans un ministère où la proportion que représente dans la dépense la ressource humaine, c'est une diminution masquée... Il faut en effet tenir compte du glissement vieillesse technicité qui fait que quelques milliers de retraités laissent des postes où ils étaient payés au niveau d'une fin de carrière à des jeunes payés , eux, au niveau d'un début de carrière. Il faut ajouter à cela l'impact des évolutions de carrière... Tout cela, monsieur Nicolas le sait très bien.
S'agissant de la comparaison avec les pays de l'OCDE, la situation merveilleuse que décrit monsieur Nicolas ne l'est pas tant que celà... Je renvoie le lecteur sur quelques comparaisons que fait le ministère de l'Education Nationale et qui décrivent un tableau plus contrasté que celui que nous donne le député Nicolas qui adhère pleinement, nous a-t-il laissé entendre, à la politique de casse mise en place par le gouvernement et qu'il a votée sans états d'âmes.
Je me souviens pourtant d'un Nicolas nous jouant du violon, le jour de la galette à Aulnay sur Iton, à propos de son ardent attachement à l'école rurale... Son vote à l'assemblée conduit à la suppression de nombre de classes en milieu rural. Il le sait très bien, mais cela ne l'empêche pas de caresser l'électeur dans le sens du poil.
