Aujourd’hui c’est dimanche. De plus, c’est le 1er janvier, onzième jour de l’hiver, dernière feuille des quatre saisons de l’année si l’on considère que celle de printemps est la première. Ça y est, nous voici en 2012. Fin de la trêve, les regards se tournent alors vers ce que seront les mois qui nous attendent. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’on nous prépare au pire. Mais le pire est-il toujours certain ? En tous cas, il a au moins un avantage, c’est celui de n’être jamais décevant. Le seul risque, c’est qu’il empire.
En hiver, comme les escargots et les tortues se recroquevillent sur eux-mêmes, des responsables politiques semblent vouloir nous installer en état d’hibernation dans l’attente de jours meilleurs. Tout à ses obsessions, le gouvernement resserre les portes déjà bien étroites qui faisaient de notre pays une terre d’accueil et nous invite à consommer français. Les capitaux et les biens circulaient déjà beaucoup plus facilement que les êtres humains mais là, ça se corse comme disait Napoléon.
Les étudiants étrangers ayant réussi de brillants cursus universitaires sont enjoints à quitter le territoire et à aller exercer leurs talents ailleurs, n’importe où mais pas ici. Ce qui n’empêche pas le point G du Président, celui qui lui fait plaisir, à savoir M. Guéant, de quadrupler la taxe de renouvellement du titre de séjour de ces mêmes étudiants à laquelle s’ajoute une nouvelle contribution de 110 euros, payable dès le dépôt de la demande, et non remboursable même en cas de refus. C’est certes un simple exemple qui peut paraître anecdotique mais qui illustre la névrose gouvernementale à l’approche d’une élection où les voix d’une droite radicale lui seraient bien utiles pour ne pas dire indispensables.
Etonnant, non ? dirait Pierre Desproges, pour un président qui ne s’est toujours pas déclaré candidat et qui confesse publiquement ne pas penser à l’élection. De qui se moque-t-on ?
La France souffre nous dit-on, mais tient bon. Celle qui souffre, c’est celle d’en bas, c’est la sous-France, celle dont nombreux populistes professionnels depuis tous temps se pensent les représentants. Qu’ils soient dénommés oubliés, majorité invisible ou silencieuse, sans voix ou encore sans grade, chacun s’accorde à faire de cette seconde France la priorité de leurs actions à venir. Mais peut-on encore y croire ?
Heureusement, un sommet social est prévu le 8 janvier qui viendrait s’attaquer aux questions fondamentales des inégalités et de l’iniquité. Ne vient-on pas encore une fois de tendre un piège à la gauche et aux syndicats pour éditer sur du papier vergé blanc chiffon, un exemplaire exceptionnel numéroté de 1 à 1, un catalogue de bonnes intentions à cautionner par les participants de la mascarade ?
Aux questions précises, il y a fort à parier que l’on répondra par des généralités tant l’impuissance de l’engagement est patent, à cause de la crise dit-on…Les seuls engagements tenus sont les suppressions de postes dans les fonctions publiques, les réformes des statuts et des retraites, les réductions des moyens budgétaires des collectivités et l’attribution de nouvelles compétences dont l’État se débarrasse. Bien pratiques donc, ces généralités tenant lieu de réponses puisque comme se complaisent à le dire les plus brillants analystes : tout est lié.
Les seniors et les jeunes sont les publics prioritaires. Des voix pas toujours faciles à obtenir pour des élections qui s’approchent. On ne peut parler aux vieux comme on s’adresse aux jeunes. Pour éviter de se contredire, il suffira de ne pas aborder les mêmes thèmes. Il faudra, pour les anciens, être au moins aussi poli que Michel Drucker, nier l’évidence des effets de la vieillesse et louer bruyamment les progrès fulgurants de la recherche sur les maladies de Parkinson et d’Alzheimer pour faire oublier les difficultés de traitement d’affections aussi courantes que l’arthrose ou le diabète et les déremboursements.
Pour les jeunes, c’est un peu plus compliqué : des terrains de baskets dans les quartiers difficiles ne suffiront plus, pas plus que les amitiés de certains pipoles ou un couplet dithyrambique sur la Starac.
Si le gouvernement s’emploie comme il le dit à faire bouger les lignes, c’est certainement parce que nombre de Français ne mordent plus à l’hameçon. Cette remarque m’a été soufflée par un pêcheur invétéré : au delà de sa qualité humoristique, elle n’est pas dénuée d’un solide bon sens.
Alors la subtilité élégante de la pêche à la mouche est abandonnée au profit du chalut d’acier à mailles étroites pour ratisser les fonds électoraux.
Ainsi, pour parler à la jeunesse, la journée Guy Môquet a été instituée dans les lycées. Il n'a pas fallu longtemps pour que l'on se rende compte que la journée Guy Môquet dans les lycées était d'abord une journée Sarkozy et qu'il fallait la traiter comme telle.
Curieusement, Luc Chatel annonçait sur RTL que la lecture de la lettre de Guy Môquet était obligatoire. Toutes affaires cessantes, les services du ministère se mobilisaient pour faire connaître à tous les échelons de la hiérarchie la volonté du maître. On croyait avoir tout vu, donc, tout entendu, jusqu'à la tirade comminatoire de l’autre point G du Président (M. Guaino), sur France Info : les enseignants ont un devoir, c'est de faire leur métier d'enseignant, donc d'obéir aux directives.
Pour Guaino, on le voit, le métier d'enseignant -étayé par les principes de la république- consiste d'abord à obéir aux directives. C'était le cas, d'ailleurs, à l'époque de Guy Môquet et de Vichy. Cette consternante définition du métier d'enseignant illustre à nouveau la lourde dérive du sarkozysme qui tend à confondre le service public avec la satisfaction des intérêts particuliers ou des lubies des dirigeants.
Il en va de même avec la récente loi adoptée par la majorité présidentielle de l’Assemblée nationale constituant en délit la négation d’un génocide et en particulier celui des Turcs sur le peuple arménien. Là encore, on décrète l’histoire. Les historiens comme les professeurs sont tenus de se conformer à une écriture officielle de l’histoire. Ça ne nous rappelle rien ?
Et la pêche continue.
Effectivement, Nicolas Sarkozy n’est pas en campagne, il est en mer… et navigue à vue.
Claude Béhar
