Toujours cette vieille manie…

C’est plus fort que vous M. Sarkozy ! Malgré vos discours de surface qui se veulent rassembleurs vous ne pouvez empêcher de faire émerger le syndrome de la division. De ils ne gagneront pas, vous en êtes arrivé à la perverse distinction entre les vrais travailleurs et donc par déduction, les faux. Chassez le naturiste, il revient au bungalow, dans sa vérité la plus nue...

Les vrais, ce sont ceux qui travaillent, qui se lèvent le matin pour rejoindre leur entreprise ou leur atelier. C’est ce que déclinent à l’envi et parfois bien maladroitement, les membres de votre clique depuis hier. Les faux seraient donc les travailleurs qui ne vont pas au travail : les malades, les chômeurs et les rentiers. D’ailleurs, ces travailleurs qui ne travaillent pas en sont-ils toujours ? Tout comme un fumeur qui a arrêté de fumer ne devient pas un non fumeur mais un fumeur abstinent. Bravo, il fallait le faire, personnellement je n’aurais pas osé.

Quelque chose me dit que nous n’avons pas fini de vous surprendre en plein délit de division.

Dans un sens, nous pouvons comprendre que le risque est grand pour vous de ne pas être réélu et que cela peut provoquer parmi les vôtres tout comme chez vous quelques irrépressibles agitations dont nous connaissons les symptômes.

Votre seule chance d’éviter cette insupportable atteinte à votre ego est de glaner les voix de Mme Le Pen. J’ai bien peur que nous n’ayons pas fini d’entendre parler d’immigration et de sécurité durant les deux semaines qui s’annoncent. Certes ce sont des sujets d’importance, mais qui sont loin de mériter le traitement à la hussarde que vous leur réservez à l’instar de la star du front : arrêter l’immigration et au passage affréter quelques charters de l’arbitraire d’une part et alourdir la répression d’autre part.

D’autant qu’élu pour un second et dernier mandat, vous n’aurez pas à vous soucier d’une éventuelle réélection qui vous inciterait à écouter, non pas davantage, mais mieux, les Français. Et là je crains que vous ne vous lâchiez, M. Sarkozy. Tous ces signes qui apparaissent régulièrement révélant le fondement de votre stratégie politique, risquent de devenir les arcanes du fonctionnement standard d’un deuxième mandat. Alors l’école, les syndicats, les travailleurs et les chômeurs, les collectivités locales, les hôpitaux et bien d’autres, ont du souci à se faire.

Et puis, ce 1er mai, dont vous semblez vous souvenir subitement, est bien la journée de commémoration de la conquête de la journée de 8 heures initiée par les ouvriers de Chicago le 3 mai 1886. Journée qui se solda par une vingtaine de morts, manifestants et policiers, trois condamnations à perpétuité et onze pendaisons (dont les victimes seront réhabilitées). C’est en 1889 que l’internationale socialiste décide de la manifestation à date fixe pour ramener la journée de travail à 8 heures. Il n’en fallait pas plus : deux ans plus tard, cette manifestation tourne mal dans un petit village du Nord de la France, Fourmies, où la troupe tire à bout portant sur les manifestants faisant dix morts dont huit de moins de vingt et un ans.

Alors, M. Sarkozy, quelque fut la suite de l’histoire, vous n’êtes pas fondé à la réinventer à votre sauce. Le 1er mai est bien la journée des travailleurs, de tous les travailleurs, vos vrais et nos faux. Je me risquerais même à dire que vous n’avez pas grand-chose à y faire. Ce premier mai appartient aux travailleurs héritiers de leur histoire, de ceux-là qui étaient animés d’un idéal socialiste, quoique vous en disiez. Le Parti de l’Ordre, et autres formations légitimistes rêvant d’une France forte n’ont rien à y voir. Et oui, il y a bien une différence entre la droite et la gauche, c’est celle de la priorité de l’humain dans la gestion de la cité.

Merci M. Sarkozy, vous nous incitez à nous souvenir de l’histoire qui, je l’espère, se souviendra de votre passage. C’est aussi dans cet esprit que je veux saluer la mémoire d’un homme qui vient de nous quitter. Didier Lafféach, ancien résistant, citoyen engagé, était curieux de la vie et impatient de connaître le résultat de cette élection présidentielle. C’est aussi grâce à ces inconnus éclairés comme le fut Didier Lafféach que nombre d’entre nous nous engageons pour nous opposer aux valeurs rétrogrades que vous portez : celles d’une autorité décrétée et habillée par la répression, celles d’un autoritarisme relayé par un clan soumis de dévoués protégés mais surtout celles d’une vision morcelée de notre communauté française au point qu’il vous fallait un débat pour identifier notre identité.

Claude Béhar
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